Lionel

Tu fais quoi dans la vie ?
Je suis le fondateur de la marque de vêtements Sixpack France.
Je m’occupe de la direction artistique et aussi de la stratégie commerciale.
A travers Sixpack je m’efforce de façon quasi obsessionelle de raconter une histoire, de developer un langage, et de faire des clins d’oeil à mes réferences culturelles, qui se situent entres réferences pop et sous-cultures radicales laissées pour compte. Je définis volontiers Sixpack comme une marque de mode à dimension culturelle. J’aime généralement tout ce qui suscite la surprise, et l’interrogation. J’aime à penser que Sixpack s’épanoui dans la dualité et la contradiction.
Qu’est-ce que tu utilises pour connaitre l’heure ?
J’ai une relation particulière et contradictoire avec les objets.
D’un côté j’aime me sentir libre de toute dépendance de tel ou tel objet de collection, généralement je déteste les collections, je trouve ca pathétique.
J’essaie de ne pas m’attacher aux choses de valeurs, même si je me complais dans la société de consommation et dans le culte de l’objet.
J’ai moi même une grosse collection de vinyles, mais je suis guéri, grâce à l’arrivée du digital. Je me sens beaucoup mieux avec ce support, avoir accès à tout sans avoir à stocker d’objets physiques, ça c’est le must.
Les montres et la musique je peux comprendre car ça a une vrai utilité.
Je n’aime pas ce que la montre véhicule socialement.
Je suis beaucoup plus intrigué et attiré par les personnes qui ne porte pas de montres.
J’aimerais vraiment pouvoir m’acheter des super montres vintage qui ont une histoire, mais je perds tout, mes lunettes, mes montres. Si je ne les perds pas je les détruis car je suis peu soigneux, ou je les oublie dans les hotels.
Donc j’achète des montres “à perdre”. Les montres casio sont cools pour ça, je peux ne pas faire attention, donc c’est cool… Plus vieux, quand je serais plus “mature”, soigneux et attentif je m’acheterai une “vraie” montre.
Investir aujourdhui dans une montre serait du gaspillage, une vraie perte sèche.
Les vielles montres Omega me plaisent beaucoup.
Une Omega Speedmaster me plairait bien.
La montre que tu portes aujourd’hui a-t-elle des souvenirs ou une histoire particulière ?
C’est une Spaceman Audacieuse, designée par André Le Marquand, de 1974.
C’est évidemment une réedition, je peux me permettre de la perdre.
J’ai découvert ces montres car leurs designs ont été inspirés par 2001, l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick.
J’ai été pendant de longues années projectionniste dans un cinema d’art et essais.
Naturellement j’ai été attiré par ces montres.
C’est atypique, et le modèle de 1974 a un côté retro-futuriste plutôt cool.
C’est la seule montre que j’ai et qui a une pseudo valeur.
Je la porte très rarement.



Quels critères prends-tu en compte dans le choix d’une montre ?
La simplicité.
Comment expliquerais-tu ta relation au temps ?
J’ai été fasciné par un court métrage de Chris Marker, La Jetée. C’est le film qui a inspiré L’Armée des 12 Singes de Terry Gilliam.
C’est une sorte de film SF Lo-Fi qui traite de la fin du monde. L’humanité, menacée d’extinction, envoie un homme dans le passé pour modifier le présent…
Un vrai voyage dans le temps et un pur chef d’oeuvre…
Ce court métrage a inspiré notre dernière collection : “Past-Present-Future”, ça a été un prétexte pour moi de scanner les époques et de créer des liens entre les illustrateurs d’hier et ceux d’aujourdhui, qui seront certainement les références de demain…
je me suis vraiment amusé et j’ai eu la chance de travailler avec Robert Crumb, Hajime Sorayama, Todd James, ill-Studio, Istvan Orosz, La Boca, etc.
Sinon, regarder le temps qui passe m’a toujours énormément angoissé.
J’ai compris très tôt que nous allions tous mourrir, adolescent ca m’a posé pas mal de problèmes d’ordre existentiel et psychologique.
Donc je profites au maximum de chaque instant.
Vivre vite et mourrir vieux, ça c’est cool.
Lionel a fondé la marque Sixpack France en 1998.
Portrait de Lionel ©The Judge.