Lionel

Tu fais quoi dans la vie ?
Tout dépend de quelle vie on parle. Dans l’une, celle de tous les jours, celle qui nourrit le portefeuille, je conseille les entreprises et les politiques lorsqu’une situation leur échappe, lorsque leur réputation est en danger. Je suis dans l’ombre et je murmure. Pour labelliser tout ça et mettre les bons mots dessus : je suis un spécialiste de la communication sensible et de la gestion de crise. Les anglais disent spin doctor (et moi aussi d’ailleurs, lorsqu’il s’agit d’impressionner une fille), mais on peut aussi parler d’Influence ou de Lobbying. Il ne s’agit évidemment pas de mentir à l’opinion publique, mais plutôt d’aider les entreprises à prendre en compte cet élément souvent ignoré, de donner le bon “spin” à l’information pour prémunir l’organisation d’un éventuel “blast médiatique”.
Vous l’aurez compris, de cette vie là j’aime l’adrénaline, l’influence, les cellules de crise et les anglicismes…
Mais là où la crise s’arrête, mon autre vie commence. Dans celle-ci j’essaye tant bien que mal de tenir le blog The B-Side. Sorte de “guide de survie numérique” à l’usage des gentlemen. Parce que j’aime la mode, le design, les vieux films, la bonneville de Triumph, Steve McQueen et Tom Ford et les femmes aussi et évidemment les montres… Pour ces deux dernières, elles ne sont évidemment pas comparables, mais on retrouve chez chacune cette complication raffinée et précise, cette folie parfois et, surtout, la capacité à nous faire perdre la notion du temps…
Ce blog n’a pas d’autre prétention que de partager un peu de mode, des tendances, de la photo et des objets, des bonnes adresses où traîner, où flâner, pour passer du bon temps ou bien le perdre. Parce qu’au-delà du style, du fashion et du “dandysme” qu’on nous refile à toutes les sauces, il y a l’élégance et la difficulté d’être un gentleman en 2010. Rien de grave, rien de sérieux, juste un blog pour les hommes de ce monde et les femmes qui partagent le leur… Simplement l’envie, comme Gilles Vigneault, de dire les choses de tous les jours avec les mots du dimanche.
Qu’est-ce que tu utilises pour connaitre l’heure ?
Une montre, assurément. Sans parler de “collection”, je possède quelques pièces que j’ai toujours beaucoup de plaisir à porter. J’aime particulièrement la Casio Al180 Solaire du début des années 80. Très agréable à porter, sauf l’hiver ou la nuit…
J’ai aussi la chance d’avoir une Pilote d’Archimède (un modèle aviateur très sobre et sans fioritures, efficace), la Pam 177 de Panerai (présente, masculine, j’aime son côté “gueule cassée” avec le protège remontoir surdimensionné) et le Chrono Capeland de Baume et Mercier (ma toute première, il y a 4 ans). A ces pièces viennent s’ajouter deux plongeuses vintage que j’aime particulièrement. La première est une Lip Sous-marine de 1970 trouvée à Drouot il y a quelques semaines. La seconde, que je porte aujourd’hui, est une Submariner de Tudor…


Archimede Pilot & Tudor Submariner

LIP Sous-Marine & Baume & Mercier Capeland

LIP Sous-Marine
La montre que tu portes aujourd’hui a-t-elle des souvenirs ou une histoire particulière ?
L’histoire, c’est exactement ce qui m’intéresse dans les montres…
En ce qui concerne la Sub, j’en voulais une depuis des années (on ne va pas réexpliquer ici pourquoi cette montre est une légende…). Mais les nouvelles versions ne me satisfaisaient pas. Je suis donc parti en chasse d’une Sub vintage. J’ai visé 1982 (mon année de naissance) et après plusieurs mois de recherche, j’ai trouvé la perle : une Tubor Snowflake noire avec les indices carrés typiques de la snowflake et emboitée dans un boitier Rolex, comme à l’accoutumée à l’époque. Elle date de 1982 et j’en suis le second propriétaire. Elle a une patine superbe et les indices ont peu à peu pris cette teinte “coquille d’œuf” caractéristique des Rolex 5513 et Tudor Snowflake. Elle a été révisée par nos amis de Watch Time is it et elle ronronne comme au premier jour. La boîte, quant à elle, sent un mélange de cuir vieilli et de mon grand-père…


Quels critères prends-tu en compte dans le choix d’une montre ?
Comme je l’ai dis, c’est l’histoire qui s’y rattache. A la fois l’énergie et la volonté qu’on peut mettre pour trouver son propre graal, mais aussi la légende que l’objet en lui-même peut véhiculer ou encore l’histoire personnelle de l’objet (à qui a-t-elle appartenu, d’où vient-elle…). En ça, une montre à 150 € comme la Lip ou une à plus de 2 000 comme la Tudor sont autant chargées d’émotion l’une que l’autre, grâce à leur histoire.
En ce moment, je suis par exemple à la recherche d’une Aquastar Deepstar (un modèle utilisé par l’équipe Cousteau et produite à la fin des années 60, étanche à 10 ATM avec un chrono fonctionnel en immersion) ou d’un Type XXI (Breguet ou Dodane), montre chronographe fournie aux pilotes de chasse de l’aviation française à partir des années 60.
Comment expliquerais-tu ta relation au temps ?
Je pense rentrer dans la catégorie des Nostalgiques-pressés. Toujours à courir mais désespérément attiré par la douce mélancolie du souvenir. Mes goûts horlogers trahissent d’ailleurs cet amour du passé, de la mémoire, de l’héritage. Ils se déclinent d’ailleurs dans d’autres domaines comme le design, les motos, le cinéma, etc. Rien à voir avec le “c’était mieux avant” qu’on peut entendre ici ou là. Mais je suis simplement attaché à l’histoire véhiculée par ces objets… à leur odeur… aux émotions qu’ils transmettent et aux références culturelles qu’ils sollicitent différemment chez chacun d’entre nous.
S’il fallait résumer en un mot ces cinq questions, ce serait définitivement “l’histoire”. Car au final, ce ne sont que des histoires qu’il s’agit de créer dans mon métier (sans mentir évidemment, mais au sens story-telling du terme) pour donner le bon “tour de main” à l’information. Il s’agit aussi “d’histoire” pour les montres que j’aime, que je porte et que je recherche. Enfin, pour moi, le temps me renvoi au passé, aux souvenirs et à cette nostalgie qui, tout à la fois, nous serre la poitrine et nous réchauffe.
Allez faire un tour sur le blogue de Lionel.